Après le 22 mars 2016 à Bruxelles

Par Anne-Marie Hassoun, psychologue

Le 22 mars 2016, la Région de Bruxelles-Capitale et la province du Brabant flamand, en Belgique ont subi une série de trois attentats-suicide à la bombe : deux à l’aéroport de Bruxelles à Zaventem et le troisième à Bruxelles, dans une rame du métro roulant dans un tunnel proche de la station Maelbeek, dans le quartier européen. Le bilan définitif fait état de 32 morts (hors kamikazes) et 340 blessés.

De nombreux psychologues hospitaliers ont été mobilisés dans le cadre du plan MASH. La plupart d’entre nous ne s’étaient jamais imaginé dans une situation de ce type et n’ont pas de formation spécifique. Nous avons fait face à l’urgence de notre mieux, chacun à notre manière.

Marie Léchevin et moi, nous avons eu envie de revenir sur cette journée et de réfléchir aux manières possibles de travailler dans ce contexte. Nous avons interviewé quelques représentants d’autres hôpitaux et nous avons découvert des optiques très différentes les unes des autres. Nous nous sommes posé des questions éthiques. Nous avons présenté ce travail dans notre séminaire de juin.

Dans ce texte, je vous propose un résumé des demandes concrètes que nous avons reçues

Un lieu calme pour les patients

Beaucoup ont éprouvé le besoin de disposer d’un lieu calme pour les patients. Ce lieu serait conçu comme un lieu transitoire pour que les personnes puissent souffler et se retrouver avant de retourner dans la ville.

Idéalement, ce lieu devrait être situé à la sortie de la garde et devrait offrir :

• La possibilité d’avoir une collation et des boissons.
• Des chargeurs de GSM
• Des couvertures
• Un accès internet pour expliquer aux étrangers à la ville comment se retrouver, ou pour envoyer un mail rassurant aux proches sans encombrer les lignes téléphoniques.
• Quelques vêtements de rechange pour ceux dont les vêtements sont en marqués ou abîmés
• Accès facile à des bureaux pour pouvoir faire des entretiens individuels.
• La disponibilité de psychologue, assistante sociale et psychiatre.
• Des dépliants à emporter avec les informations nécessaires (voir plus loin).
• Un grand plan de Bruxelles à mettre au mur.
• Des fiches psychosociales nous permettant à nous de garder une trace de l'intervention.

Un lieu pour les familles à la recherche de leur proche

Ce lieu serait à part de celui des patients, les familles sont a priori stressées par la recherche de leur proche alors que les patients doivent pouvoir retrouver leur calme. Il serait conçu pour permettre aux familles de demander des nouvelles de leurs proches et, éventuellement, d’attendre de pouvoir les voir. Il devrait être aménagé de telle manière que l’angoisse et le stress soient contenus autant que possible.

• Possibilité d’avoir une collation et des boissons.
• Des chargeurs de GSM
• Un accès internet pour envoyer un mail aux proches si nécessaire.
• Accès facile à des bureaux pour un entretien privé, a priori les nouvelles des proches ne devraient pas être données en public s’il est possible de l’éviter.
• Accès internet pour les professionnels.
• Disponibilité de psychologue, assistante sociale et psychiatre.
• Des dépliants à emporter avec les informations nécessaires (voir plus loin).
• Un grand plan de Bruxelles à mettre au mur..
• Des fiches psychosociales nous permettant à nous de garder une trace de l'intervention.

Un dépliant

Ce dépliant pourrait être prévu pour les familles et les patients. Il devrait réunir au moins les informations suivantes :

• Des informations sur l’hôpital où ils ont été reçus.
• Quelles sont les réactions normales auxquelles les patients doivent s’attendre.
• Une carte de Bruxelles permettant aux patients de se repérer.
• Un espace pour pouvoir noter les rendez-vous reçus, les personnes vues, ou les trajets.

L'espace vide est important dans ce dépliant. Le remplir avec le patient peut être aussi utilisé comme moment d’élaboration et d'auto-appropriation de ce qu'il a vécu.

Les jours suivants

Une supervision ou des groupes de paroles pourraient être proposés aux professionnels qui le souhaitent. Les écoles divergent sur ce point. Par exemple, à l’hôpital militaire, ils ne font des interventions de type débriefing que pour des équipes constituées. L’idée étant de leur permettre de créer un récit commun et de parler de leur culpabilité à l’égard des uns et des autres. Ailleurs, la parole est avant tout vue sous l’angle individuel et des groupes peuvent être institués sur base volontaire.
Ne pas oublier les psychologues et les psychiatres dont la fonction est de soutenir les autres, mais qui peuvent aussi avoir besoin d’élaborer leur vécu.

Dans les consultations, réserver des places pour les patients qui en ont besoin, être attentifs aux demandes, y compris celles des personnes qui n’ont pas vécu les traumatismes au premier degré.

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